Texte et traductions
Présentateur : À présent, un reportage spécial présenté hier soir dans « Yoman » par Gideon Kouts, de retour de Téhéran. C’est là qu’il a filmé ces images au cours de la semaine.
Gideon Kouts : Tout a commencé dans un grand espoir. Jeudi, veille de l’élection : Téhéran se prépare au grand changement dont on pouvait déjà ressentir les premiers signes depuis plusieurs semaines. À l’hôtel, nous sommes assis avec deux des principaux conseillers du candidat qui semble l’emporter, Mir-Hossein Mousavi. Aujourd’hui, ils sont tous les deux en détention. Ils échafaudent des projets pour un avenir meilleur, sans Mahmoud Ahmadinejad. Ils craignent ce qui arrivera si ce n’est pas le cas.
Saeed Laylaz : Comme vous pouvez le voir, dans les rues ces jours-ci, les gens sont plus agressifs qu’il y a 10 à 12 ans. Même face aux gens du Basij ou face aux militaires, aux groupes militaires. Cela signifie et montre que la pression politique dans le pays va devenir de plus en plus forte, jour après jour.
Mohammad Atrianfar : Et cela peut aussi être l’un des événements politiques les plus rares de l’histoire iranienne. Cela pourrait être la première fois depuis la révolution... Et si M. Ahmadinejad remporte l’élection, cela paraît contre nature, inattendu.
Gideon Kouts : Ils ont aussi des projets de grande portée pour changer la politique dans le domaine nucléaire.
Mohammad Atrianfar : M. Ahmadinejad n’a pas bien agi en ce qui concerne notre politique étrangère, surtout lorsqu’il s’agit de notre technologie nucléaire. Notre politique concernant la technologie nucléaire, sous la présidence de M. Khatami et sous celle de M. Ahmadinejad, était une politique autour de notre guide suprême. Lorsque M. Khatami était au pouvoir, nous avons avancé pour résoudre ce problème lettre par lettre.
Gideon Kouts : Au quartier général des Verts de Mousavi, derniers préparatifs pour le vote.
Militante : Dimanche, nous aurons une grande fête pour l’anniversaire de la mère et l’anniversaire du fils, et en plus, samedi, il y aura une fête avec des gâteaux pour...
Gideon Kouts : Dans la rue, quelques amis. Chacun soutient un candidat différent. Encore un rêve de démocratie.
Personne interrogée : « Je l’aime, je l’aime tout simplement », dit un partisan d’Ahmadinejad.
Gideon Kouts : Vendredi. Dès le matin, de longues files s’étirent devant les bureaux de vote pour le scrutin historique. Les hommes et les femmes votent séparément. Le nom du candidat est inscrit sur un bulletin ; il n’y a pas d’isoloirs. On écrit sur des tables, sur les murs. Les partisans de Mousavi sont confiants. Vingt millions de SMS ont déjà assuré leur victoire, disent-ils.
Personne interrogée : Il est venu pour la dernière occasion, peut-être, de sauver son pays...
Gideon Kouts : Élection ou pas, la traditionnelle grande prière du vendredi a lieu à l’université de Téhéran. Des milliers et des milliers de personnes sont venues prier et écouter le représentant du Guide suprême, aujourd’hui l’ayatollah Kashani. Il les appelle à s’unir autour du candidat qui lui est le plus proche. Et impossible d’échapper aux slogans traditionnels : Mort aux infidèles, mort aux États-Unis, mort à Israël. Cette fois, un grand groupe d’officiers de l’armée de l’air iranienne, en uniforme bleu, se trouve dans la foule. Eux aussi crient, peut-être dans une démonstration contre la menace d’une attaque israélienne. Au bureau de vote près de la Grande Synagogue, Ohel Yosef, de nombreux Juifs, musulmans et adeptes du zoroastrisme votent. Près de la synagogue, nous rencontrons Shlomo, un membre de la communauté juive, qui se dépêche d’aller voter avant le début du sabbat. Et dans la rue, une conversation en hébreu s’engage au sujet du candidat Ahmadinejad.
Shlomo : Cette créature qui est arrivée, il... À mon avis, je pense qu’il a rabaissé la dignité de ce pays. Et, de toute façon, il n’est pas... Le fauteuil est trop grand pour lui. Ce n’est pas un Juif qui dit ça, regardez, tout le peuple vous le dit, pourvu qu’il s’en aille. Celui qui viendra, viendra. Cela leur est égal. Maintenant, il y a Mousavi et, à ce que je vois, il devrait gagner cette élection. S’il n’y a pas de problèmes.
Gideon Kouts : Le soir, la communauté juive se réunit pour la prière du sabbat. Il y a là environ 500 personnes de tous âges. Shlomo n’aura pas le temps de voter. Les files sont longues et, dans de nombreux bureaux, les bulletins de vote manquent. La décision a été prise dès le soir : il est impossible de laisser Mousavi gagner. Le poste de dépouillement des voix au ministère de l’Intérieur est pris par les Basijis, membres de la milice privée d’Ahmadinejad. Le matin, des policiers en civil et des membres de l’unité antiémeute font une descente au quartier général des Verts et le ferment. Les militants et les sympathisants restent dehors.
Interprète : Elle dit que la démocratie est morte en Iran à cause de cette élection... Elle pense que c’est une sorte de catastrophe.
Gideon Kouts : La police attaque dans la rue étroite. Nous nous enfuyons vers le boulevard, mais l’agitation s’y poursuit aussi. Des manifestations s’organisent rapidement, à l’improviste, à chaque coin de rue. Un grand cortège se dirige vers l’hôtel où je séjourne. « Fraude, tricherie ! », crient-ils. Je monte dans ma chambre et filme depuis la fenêtre l’unité motorisée, qu’il est interdit de filmer, alors qu’elle arrive pour disperser les manifestants. Les miliciens me remarquent. Je ferme le rideau, verrouille la chambre et descends avec inquiétude. Cette fois, cela se passera sans incident. Le président Ahmadinejad nous invite à une conférence de presse dans son bureau, à l’intérieur du vaste complexe présidentiel gardé. Une ville dans la ville, à Téhéran. Ses réponses, d’ordinaire arrogantes, surprennent par leur modération, sur fond d’un immense bouquet de fleurs. Même sur la menace israélienne, il se montre modéré : aujourd’hui, on ne règle pas les problèmes de cette façon ; l’ennemi sait que nous pouvons nous défendre ; il n’y a pas de risque de guerre. Son message à Mousavi : s’il a perdu l’élection, qu’il ne brûle pas un feu rouge, dit-il. Mais Mousavi ne s’arrête pas au feu rouge. Les immenses manifestations vont de la place Bastimi à la place Vali-Asr et, comme c’est symbolique, jusqu’à la place de la Révolution. Les Verts, qui refusent de porter des vêtements de deuil, mettent le feu à des pneus et à des ordures. Un incident près d’un quartier général du Basij fait sept morts. La police encercle le campus insurgé de l’université Sharif et, à l’intérieur, les miliciens règlent leurs comptes avec les étudiants. Ahmadinejad organise une contre-manifestation sur la place Vali-Asr. Ses partisans sont moins nombreux, mais provocateurs et violents. « Ahmadi, Ahmadi, tu es un héros national, l’héritier du Prophète », scandent-ils. Pour couvrir leur défilé, mieux vaut avoir la bonne image. Et de nouveau, les appels bien connus à mobiliser la foule : Mort à Israël, mort aux États-Unis, mort à Mousavi. Les partisans d’Ahmadinejad font la fête ce soir, mais, de l’autre côté, l’amertume risque d’être dangereuse. Gideon Kouts, Première Chaîne, Téhéran.