Texte et traductions
Cherchez la femme, disent les Français, et qui mieux que Nicolas Sarkozy sait les trouver ? ● Avec la première, Marie, cela s’est mal terminé et, aujourd’hui, elle fait porter le chapeau à la deuxième, Cécilia, dans un nouveau livre ● Avec l’actuelle, Carla, tout est pour l’instant au beau fixe, et elle révèle comment elle est tombée dans ses filets, dans un autre nouveau livre ● Il a aussi eu une présentatrice de télévision, la fille d’un président et une James Bond girl
En bonne catholique, Marie-Dominique Sarkozy, la première épouse du président français, n’est plus en colère, du moins pas contre son mari. Elle lui a pardonné. « La politique, dit-elle, était sa véritable maîtresse. » Elle n’est pas pressée de pardonner à la femme qui le lui a volé, Cécilia. Cette femme, affirme son ex-épouse dans un nouveau livre, « Sarkozy et les femmes », a détruit sa vie et sa personnalité.
La nouvelle épouse de Sarkozy, Carla Bruni — la troisième en tout — a elle aussi quelque chose à dire sur Cécilia, et elle le fait également dans un livre. Dans « Carla et Nicolas, la vraie histoire », écrit par les journalistes Valérie Benaïm et Yves Azéroual, Bruni raconte comment elle est tombée amoureuse de son mari au premier regard, « et pas seulement à cause de son apparence ». Contrairement à Marie, elle ne nomme pas Cécilia. Elle préfère l’appeler « la précédente épouse de mon mari ». Cécilia, au demeurant, avait déjà apporté sa contribution au pot-pourri avec le livre « Cécilia, portrait », de la journaliste Anna Bitton, paru après son divorce du président.
Les rayons des librairies parisiennes sont encombrés de livres qui dressent le bilan de la première année du président Sarkozy, attendu dans environ deux semaines en Israël, avec Bruni. Ses épouses, passées et présente, ne sont pas les seules à l’avoir transformé en héros littéraire. Environ un tiers des livres qui ont fait leur apparition sur les étals ont été écrits, en totalité ou en partie, par des spécialistes des troubles psychiques. Et presque tous les écrivains-psychologues signalent un trait marquant de la vie du président depuis sa petite enfance : son rapport aux femmes. Sarkozy, concluent-ils, leur est asservi.
De sa mère au mannequin
La première femme de la vie du président de 53 ans ne le croyait pas fou, mais elle ne jugeait pas non plus que son fils du milieu — petit, mignon et ambitieux — était le plus accompli de ses trois garçons. Andrée Sarkozy, surnommée « Dado », a élevé seule ses fils à partir du moment où Nicolas avait cinq ans, après que son mari eut quitté la maison. Ils vivaient à Neuilly, la riche banlieue de Paris dont Nicolas deviendrait plus tard le maire. Sa mère était une femme forte et sévère, qui exigeait de ses fils qu’ils travaillent mais aussi qu’ils fassent du sport, et fut assez stupéfaite par le mode de vie débridé que s’était choisi Nicolas, étudiant et jeune politicien en devenir.
Jeune, Sarkozy épousa une fille du « quartier », Marie-Dominique Culioli, issue d’une famille aisée d’origine corse et mère de ses deux fils aînés. Il l’avait rencontrée alors qu’ils militaient tous deux dans des organisations étudiantes de droite. Lorsqu’il fut élu maire de Neuilly à l’âge de 28 ans, elle était à ses côtés. Marie se consacrait à l’éducation des garçons et se tenait à l’écart de la vie publique de son mari. Cette vie l’éloigna aussi d’elle : Sarkozy s’autorisa quelques aventures extraconjugales.
Marie-Dominique, qui a conservé jusqu’à aujourd’hui son nom marital, Sarkozy, est bouleversée par l’image du président qui se dessine aux yeux de ses concitoyens. « C’était un garçon modeste et spirituel », dit-elle, selon une citation du livre écrit par les journalistes Caroline Derrien et Candice Nedelec. Elle rend responsable de tous les malheurs qui se sont abattus sur elle, y compris la transformation de Nicolas en homme avide de gâteries et de luxe, la femme qui lui a succédé, Cécilia. C’est elle, affirme Marie, qui l’a entraîné dans un monde de strass, de vide et de luxe.
Le matin qui changea tout, en août 1984, Sarkozy interrompit ses vacances traditionnelles en Corse pour célébrer à la mairie de Neuilly le mariage de Jacques Martin, notable et ami respecté, animateur de télévision vieillissant, avec Cécilia, mannequin et femme du monde. Sarkozy tomba amoureux de la mariée au premier regard et, dès lors, fit tout son possible pour la conquérir.
Marie-Dominique découvrit le secret une nuit du printemps 1988, pendant des vacances au ski dans les Alpes françaises. Elle se réveilla seule dans son lit et frappa à la porte de la chambre de Cécilia, d’où venaient des bruits suspects. Sur le chemin du retour vers sa chambre, elle découvrit les traces de Nicolas dans la neige. Malgré cela, elle refusa de divorcer et Sarkozy fit la navette entre les deux femmes. Il ne divorcerait de Marie que dix ans plus tard.
À Neuilly, on n’aimait pas Cécilia. Ses collègues des ministères qu’il dirigerait ne l’aimaient pas non plus. Marie, on l’a dit, affirme lui avoir pardonné et avoir même voté pour lui à l’élection présidentielle de 2007, contrairement à Cécilia qui, alors déjà son épouse légale, ne prit pas la peine d’aller voter. Jacques Martin ne lui pardonna jamais, jusqu’à sa mort — malade, paralysé et seul. Il ne tint pas sa promesse de donner un coup de poing au président élu.
Entre-temps, Nicolas Sarkozy mettait ses charmes au service de sa carrière. En 1988, il se rapprocha du dirigeant gaulliste Jacques Chirac, alors maire de Paris, et surtout de sa fille cadette Claude, employée au service des relations publiques. On les voyait souvent ensemble. Elle était fascinée par Sarkozy. Chirac père était satisfait, mais méfiant. Sarkozy réussit en revanche à charmer la mère, Bernadette. Il sait conquérir les mères de toutes ses épouses, et ce sont précisément elles qui lui restent fidèles pour toujours. Bernadette demeura son amie, même après que Sarkozy eut abandonné par surprise Chirac à l’approche de l’élection présidentielle de 1995. Il avait quitté Claude avant la trahison. Lorsqu’elle se maria, peu après, il fut témoin à son mariage. Elle se serait mariée en larmes, le regard tourné vers Sarkozy.
Nicolas et Cécilia se marièrent en 1998. Sa nouvelle épouse mit son veto à diverses escapades, par exemple aux vacances entre hommes dans la maison corse de son ami, l’acteur Christian Clavier. La première période de leur mariage fut heureuse. Il était asservi à « elle », comme il l’appelait dans son livre « Témoignage ». Cécilia fut aussi sa conseillère personnelle et géra sa vie privée et professionnelle. Elle était, par exemple, chargée des relations avec les médias, peut-être pour le tenir à l’écart des femmes journalistes.
En mai 2005, Cécilia quitta Sarkozy pour Richard Attias, un publicitaire juif d’origine marocaine. Elle revint vivre avec son mari pendant un an et demi, à l’approche de l’élection. Dans un entretien accordé à la journaliste Anna Bitton après son divorce, elle reconnut avoir passé un marché avec lui. Elle lui avait dit : « Je te conduirai jusqu’au palais de l’Élysée, et ensuite tu me laisseras vivre ma vie. » Sarkozy espérait sans doute qu’elle ne résisterait pas aux tentations du pouvoir. Il se trompait. Elle continua de rendre visite à Attias à Genève. Ils finirent par divorcer en octobre 2007.
Entre les deux périodes avec Cécilia, puis après elle, Sarkozy tenta de retrouver confiance en lui et de prouver, comme il le déclara à des amis après sa première rencontre avec Carla Bruni, qu’il « pouvait obtenir toutes les femmes qu’il voulait ». Cela ne marchait pas toujours. Il fit un effort particulièrement important avec les femmes journalistes. Après leur première séparation, Sarkozy, qui n’était pas encore président, choisit Anne Fulda, la journaliste politique du Figaro, qui avait l’habitude de lui poser les questions les plus embarrassantes. Mais Cécilia revint alors. En colère. Dans le livre de Bitton, elle le traite, grossièrement et sans hésiter, de « baiseur et jouisseur ». Après la séparation définitive, Sarkozy proposa à la James Bond girl française, l’actrice Eva Green, qu’il n’avait encore jamais rencontrée, de l’accompagner lors de sa visite officielle à Washington. À sa surprise, elle refusa. La suivante fut une autre célébrité, la navigatrice Maud Fontenoy, qui succomba au charme présidentiel.
Le penchant du président pour les femmes journalistes est particulièrement évident. En décembre dernier, peu après son divorce d’avec Cécilia et juste avant la révélation de sa liaison avec Bruni, un magazine français à potins affirma, à la suite d’informations parues dans la presse britannique, que Sarkozy avait une liaison avec la belle et très estimée journaliste Laurence Ferrari. Elle poursuivit le journal et obtint 12 000 euros. Dans le livre « Sarkozy et les femmes », les auteurs racontent qu’une journaliste blonde s’est évanouie dans la chambre du président et qu’il a fallu la faire sortir clandestinement du palais. Cette semaine, les journaux français ont annoncé que Ferrari avait été nommée présentatrice du journal télévisé de la principale chaîne commerciale, en remplacement de Patrick Poivre d’Arvor, l’équivalent français de Haim Yavin. Il a été suggéré que le président avait œuvré en coulisses en sa faveur ; il s’est empressé de démentir.
Sarkozy rencontra Carla Bruni lors d’un rendez-vous arrangé par le publicitaire chevronné Jacques Séguéla, chez celui-ci, le 13 novembre de l’année dernière. Trois autres couples étaient venus dîner, dont le philosophe et ancien ministre de l’Éducation Luc Ferry et son épouse. Ferry figurait lui aussi sur la liste des amants de Carla — « une nuit entre l’ancien Premier ministre Laurent Fabius et Eric Clapton », reconnaît-il dans le livre « Sarkozy et les femmes ».
Sarkozy et Bruni ne s’occupèrent que l’un de l’autre toute la soirée. La suite des événements est racontée dans « Carla et Nicolas, la vraie histoire ». À la fin du dîner, Bruni demande : « Tu as une voiture ? » La voiture présidentielle, avec Sarkozy à bord, la ramena chez elle, dans son luxueux appartement du 16e arrondissement. Le soir même, Bruni se plaint auprès de Séguéla : « Ton ami est bizarre. Je lui ai laissé mon numéro de téléphone et il ne m’appelle pas. » Sarkozy téléphonera le lendemain, mais auparavant il convoque Luc Ferry dans son bureau pour lui poser la question : « Tu la connais bien, comment est-elle ? » « Ne te laisse pas impressionner par ce qu’on dit d’elle », répond Ferry. « Elle a des mœurs libres, comme toi ou moi, mais c’est une bonne fille. C’est une femme qui a des valeurs. »
En février 2008, le président se remaria et, peu après, un nouvel épisode croustillant s’ajouta au feuilleton. Le site Internet de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur rapporta que, huit jours avant le mariage, Sarkozy avait envoyé à Cécilia un SMS : « Si tu reviens avec moi, j’annule tout. » Le site dut présenter ses excuses après que Sarkozy eut porté plainte contre lui, mais cette phrase, désormais, n’avait échappé à personne.
Sarkozy dit de sa nouvelle épouse, qu’il appelle affectueusement « Carlita » : « Elle est belle, mais elle a aussi une tête bien faite. » Bruni ne se laisse pas faire : « Il a au moins trois cerveaux, et chacun est bien nourri. »
Au chevet du président
L’heure est-elle venue de régler ses comptes avec les femmes qui entourent le président ? C’est une tâche difficile, même pour Carla Bruni-Sarkozy. Dans sa vie politique aussi, le président s’est entouré d’un cercle de femmes. Son premier gouvernement en comptait 15. Dans l’actuel, leur nombre est tombé à 13, parmi lesquelles la ministre de la Justice Rachida Dati, fille d’immigrés d’Afrique du Nord. Dati était l’amie de Cécilia, qui l’appelait « ma sœur ». Elle accompagna Sarkozy dans le travail acharné au siège de campagne. Les mauvaises langues soupçonnaient qu’elle était plus qu’une collègue.
Après le départ de Cécilia, Dati inonda le président de SMS. Carla lui ordonna d’arrêter et de ne pas appeler le président trop tôt non plus, « maintenant qu’il est marié ». Le jour de l’anniversaire du président, elle l’accueillit avec cette confession : « J’ai hésité à t’inviter. » « La vraie histoire » rapporte aussi cette scène, qui n’a pas été démentie : Bruni et Dati passent devant la chambre privée de Sarkozy au palais de l’Élysée, et l’épouse du président lance gentiment à la ministre : « Tu aimerais dormir dans ce lit, n’est-ce pas ? » La semaine prochaine, soit dit en passant, elles accompagneront toutes deux le président lors de sa visite en Israël.
Carla n’a aucun problème avec un autre choix de Sarkozy : Rama Yade, la belle Sénégalaise de 30 ans, secrétaire d’État aux Droits de l’homme au ministère des Affaires étrangères, qui osa réprimander Sarkozy pour avoir invité le colonel Kadhafi à Paris. Sarkozy adopte à son égard une attitude paternelle. Elle le considère comme un professeur et un mentor.
Sarkozy est fier du casting des femmes qui l’entourent. Il lui arrive de faire des remarques sarcastiques, comme un juge de « Star Academy ». Par exemple, lorsque Dati est apparue à la télévision trop près de Yade. « C’est une erreur de sa part, dit-il. Elle n’a aucune chance face à elle. Ce serait comme si je me faisais photographier avec Tom Cruise. »
Son penchant pour les femmes a failli lui coûter un incident diplomatique : la chancelière Angela Merkel resta figée de stupeur lorsqu’il osa poser les mains sur elle lors de leurs premières rencontres. Depuis qu’il a cessé, les relations entre l’Allemagne et la France se sont améliorées. « Sarkozy doit toucher les hommes comme les femmes, explique le psychologue français Serge Hefez ; c’est ainsi qu’il a le sentiment d’être maître de la situation. »
Des commentateurs politiques, devenus malgré eux reporters de potins, parlent d’une atmosphère de cour royale. Dans l’histoire de France, on évoque souvent Joséphine, l’épouse de Napoléon, et Madame de Pompadour. Mais les femmes n’ont jamais exercé d’influence notable sur la politique française. Nicolas Sarkozy, président sous l’influence des femmes, annonce-t-il une nouvelle époque ?