← Retour aux archives
Presse écrite · 1985

Il faut un équilibre : des Juifs aux côtés des antisémites

Gideon Kouts décrit la participation d’écrivains et de journalistes juifs à un fascicule d’une revue fasciste en France, ainsi que leurs réactions après sa publication. La rubrique comprend aussi le récit d’un tableau de Lorenzo Lotto vendu à bas prix par des religieuses puis acquis par le Louvre, et une information sur un réseau qui droguait et dépouillait des personnes sorties à Paris.

Document original

אחרונות_1985-04-30_24 שעות_11.pdf ↗

Texte et traductions

Il faut un équilibre :
Des Juifs aux côtés des antisémites

La communauté juive de France préférerait étouffer cette histoire.

L’histoire qui suit implique plusieurs personnalités éminentes de la communauté juive de France, qui se sont ridiculisées, dans le meilleur des cas. C’est l’histoire d’écrivains et de journalistes juifs qui ont prêté leur concours et leur plume à une publication antisémite. La communauté préfère maintenant étouffer l’affaire.

Lorsqu’un fascicule de 84 pages portant le titre « Les Juifs » est apparu dans les kiosques les plus sélects de Paris, il était clair qu’il s’agissait d’un nouveau « coup » de la revue fasciste « Le Crapouillot », qui s’était déjà occupée des francs-maçons et de la vie privée du président Mitterrand. Les gens de la revue ne cachent pas leur attitude quelque peu réservée envers notre race inférieure et superflue, même s’ils expriment cette attitude avec une certaine prudence, afin de ne pas s’exposer à des poursuites judiciaires.

Mais cette fois, semble-t-il, ils ont trouvé l’astuce qui leur a permis de dépasser quelque peu leur prudence habituelle. Parmi les auteurs du fascicule figuraient l’écrivain et philosophe juif, le professeur Albert Memmi — qui a contribué une nouvelle ainsi qu’un entretien intitulé « Les mariages mixtes — la solution finale ? » — l’écrivain Paul Giniewski, rédacteur en chef de l’hebdomadaire juif « Tribune Juive », le rabbin Grunewald, et un autre journaliste de cet hebdomadaire, qui a contribué un article sur l’attitude de la communauté juive envers le sionisme et un autre article qui n’était rien d’autre qu’une liste de noms d’artistes juifs et à moitié juifs.

Et si les Juifs avaient déjà fait la moitié du travail, les gens du « Crapouillot » l’ont achevé. Par exemple, dans un article sur « la pénétration de l’action juive dans les rouages du pouvoir ». Le conseiller du président, Jacques Attali, y est présenté comme membre d’une organisation secrète appelée « Amour d’Israël », tandis que le ministre de la Justice, trop libéral, Robert Badinter, serait un sioniste actif.

Puisque des Juifs participent au fascicule — pourquoi n’y aurait-il pas aussi de place pour des antisémites convaincus ? Une écrivaine du nom de Geneviève Dormann affirme que « les Juifs l’agacent ». Elle n’y est pour rien. Au contraire, elle avait pitié d’eux quand elle était petite. Mais aujourd’hui, ils font aux autres ce que les nazis leur ont fait.

Les gens de « Tribune Juive » affirment qu’il vaut mieux que des Juifs participent au fascicule plutôt qu’il soit entièrement l’œuvre des antisémites. Selon cette logique, on pourrait imaginer un fascicule composé pour moitié d’écrits de Goebbels et pour moitié de ceux d’Isaac Bashevis Singer. Vive le saint équilibre. Le professeur Albert Memmi m’a dit, pour sa part, qu’il « faisait pénitence » et qu’il ne savait pas que « Crapouillot » était une publication fasciste. Il pensait qu’ils étaient plutôt anarchistes...

Ce que les auteurs apprécient beaucoup chez nous, c’est notre sens de l’humour. Rien ne vaut l’humour juif — plusieurs participants en sont ravis. Ils en ont maintenant une preuve irréfutable.

La vengeance de Jésus

Les religieuses du petit couvent dédié à saint Charles, dans la petite ville de Puy-la-Vallée, ont pu ressentir dans leur chair la vengeance de Jésus. Une vengeance sévère et juste, pour avoir trahi son image.

En 1980, les sœurs mirent en vente de vieux meubles et quelques tableaux poussiéreux, qui se trouvaient depuis des années dans la cave du couvent. Tous les objets furent achetés par une antiquaire locale, Madame Bourgeois, pour moins de sept mille francs. La dame, décédée depuis, vendit l’un des tableaux, qui représentait le Christ portant sa croix, quatre mille francs à un marchand de meubles local, Bova Halevi.

Le tableau de Jésus, abandonné par les religieuses, éveilla sa curiosité. Il le frotta patiemment, le nettoya soigneusement — puis la signature « Lauro Lotus, 1556 » apparut dans le bas. Pendant une année entière, le marchand industrieux mena ses propres recherches dans des bibliothèques et des archives et consulta des spécialistes ; il découvrit qu’il s’agissait d’une signature utilisée par un peintre italien renommé du XVIe siècle, nommé Lorenzo Lotto.

Halevi « vit grand » et proposa le tableau au musée du Louvre. Le Louvre fit de lui un millionnaire. Trois millions et un quart de francs — telle était la somme « modeste » reçue par le marchand inspiré pour « Le Portement de croix » de Lorenzo Lotto.

Les sœurs du couvent Saint-Charles sortirent de leur calme et intentèrent une action en justice, affirmant que le tableau leur avait été retiré « par fraude ». Le tribunal jugea que l’achat avait été effectué légalement. Jésus portera sa croix dans le musée national.

Un rêve trop coûteux

Les nuits parisiennes sont belles, mais coûteuses. Les rêves le sont bien davantage. C’est la leçon qu’ont apprise de nombreux touristes français et étrangers, qui voulaient passer ici une nuit de rêve, mais ont vécu un cauchemar.

Marc Maury, un provincial naïf de 35 ans, rencontra sur les Champs-Élysées une fille canon qui le « persuada » de passer avec elle une nuit inoubliable au restaurant « Penisolia », à Pigalle.

Marc Maury mangea chez « Penisolia » (qui se révéla n’être qu’une simple pizzeria) et but du rosé. Le vin avait un goût étrange, mais lorsqu’il s’en aperçut, il était déjà trop tard. En peu de temps, il perdit le contrôle de ses actes. Il paya 170 dollars pour la pizza et le rosé, puis, se souvient-il vaguement, fut entraîné dans une boîte quelconque. Il était heureux.

Au matin, lorsqu’il se réveilla en grelottant de froid dans sa voiture, il découvrit qu’on lui avait volé quatre mille francs et une carte de crédit. Quelques jours plus tard, la carte lui revint par la poste, puis les factures arrivèrent. Une prise de sang effectuée sur les conseils de la police révéla qu’il avait été drogué.

Ces témoignages et d’autres aidèrent la police à découvrir un réseau auquel tous participaient : plusieurs restaurateurs, des propriétaires de boîtes de nuit, des chauffeurs de taxi et des femmes chargées de séduire les victimes.

Beaucoup de victimes préférèrent se taire. Elles n’étaient pas non plus très sûres de ce qu’elles avaient fait pendant la nuit. Et parfois, une épouse les attendait à la maison. Les membres du « réseau des drogueurs » finirent par être arrêtés.

Documents associés

Télévision · 2009

Reportage spécial de Téhéran autour de l’élection présidentielle iranienne de 2009

Le reportage de Gideon Kouts depuis Téhéran pendant l’élection présidentielle iranienne de juin 2009. Il comprend des entretiens avec des conseillers de Mir-Hossein Mousavi, le récit du jour du scrutin et de la prière traditionnelle du vendredi à l’université de Téhéran, une conversation en hébreu avec un Juif local au bureau de vote près de la synagogue Ohel Yosef, la conférence de presse de Mahmoud Ahmadinejad et des images des violentes manifestations qui ont éclaté après les résultats de l’élection.

הערוץ הראשון↗
Télévision · 2008

Reportage spécial de Gideon Kouts depuis Damas pour le journal Mabat

Le journaliste Gideon Kouts fait un reportage pour l’émission Mabat de la première chaîne depuis Paris, après être rentré de Damas, où il faisait partie de la délégation de journalistes qui accompagnait le président français Nicolas Sarkozy. Kouts raconte l’accueil qui lui a été réservé en tant que journaliste israélien, décrit la ville et la lourde sécurité au palais présidentiel d’Assad, ainsi que le sommet quadripartite qui s’y est tenu.

ערוץ 1↗
Télévision · 2008

Le reportage de Gideon Kouts depuis Damas

Extrait du journal télévisé Mabat de la chaîne 1, avec un reportage enregistré de Gideon Kouts, correspondant de la chaîne à Damas (tiré d’un entretien avec Oren Nahari sur Reshet Bet). Kouts fait état d’une volonté de paix du gouvernement et de la population syriens à la suite des pourparlers de paix, mais évoque aussi l’accueil violent qui lui a été réservé, ainsi qu’à un autre journaliste juif.

הערוץ הראשון↗